Portrait d'Emmanuel Nal

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"S'autoriser à..."

Emmanuel Nal

Emmanuel Nal

 

De la philosophie aux sciences de l’éducation et de la formation en passant par la médiation dans les organisations, Emmanuel Nal a un parcours universitaire atypique, entre Aix, Paris, Poitiers et Tours, mais guidé par une volonté de bâtir un projet professionnel à la fois réaliste et inventif. Après un poste de trois ans au Centre d’études de recherche de l’école militaire, Emmanuel Nal est aujourd’hui,  à 33 ans, Docteur en philosophie et enseignant-chercheur à l’Université de Tours, en Sciences de l’éducation et de la formation.

 

«S’autoriser à, ne pas renoncer d’avance et s’accrocher… » Durant tout son parcours universitaire, et ses premiers pas dans le monde professionnel, ces mots ont été des leitmotivs qui l’ont poussé à aller explorer des terrains certes diversifiés mais dont il mesure aujourd’hui la riche complémentarité.

 

Jusqu’au bac, qu’il fera en section littéraire à Draguignan, il a tracé son sillon sans trop se poser de questions. En Terminale, un professeur de philosophie, adepte de la pédagogie Freinet, va lui ouvrir d’autres horizons. « Il nous a aidé à découvrir l’exercice philosophique avec plaisir et confiance », précise Emmanuel Nal. Un autre événement va l’éveiller aux possibilités : Il a été reçu premier au concours général des lycées en philosophie, prix qui lui a été remis dans le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne. « Dans les mois qui ont suivi, j’ai été personnellement invité à l’Académie Française… A 18 ans, lorsqu’on vient de province, c’est un souvenir très fort. » Bac en poche, on l’inscrit en prépa latin et lettres classiques. Il y restera peu, la perspective de se retrouver coupé de l’action pendant deux ans, dans une atmosphère où il ne retrouvait pas ce qui lui avait permis de s’épanouir ne lui convenait pas. Cette décision fut fondatrice pour la prise en main de son parcours : « C’était la première fois que je me permettais de décider par moi-même. ». Désormais, il fallait apprendre à découvrir hors de sentiers tout tracés.

 

Donner du sens

Après un Deug de philosophie à Aix-en-Provence, il reprendra la voie de la prépa – cette fois en choisissant le moment et le contexte – et sera admis à la prestigieuse institution Henri IV de Paris, directement en khâgne (2ème année) dans l’optique de passer le concours d’entrée à l’Ecole Normale Supérieur, tout en passant ses examens de licence à Aix. En parallèle de cette classe préparatoire, dans le cadre d’un dispositif "habitat contre service", il va effectuer dans le 20e arrondissement de la capitale des missions d’éducateur (soutien scolaire, animation…) auprès des jeunes du quartier. « Cette expérience a été décisive, elle a véritablement donné du sens à ce que j’apprenais et m’a permis de développer des compétences qui m’ont été utiles plus tard. » Un imbroglio administratif ne lui permettra pas de passer le concours. Ayant décroché une maîtrise de philosophie à Paris IV, il poursuivra en DEA de philosophie morale et politique à Paris I. « Ma famille, plutôt modeste, ne pouvant plus assumer financièrement mes études, j’ai décidé de me professionnaliser afin d’être autonome. »

C’est à Poitiers qu’il trouvera la formation adéquate : un Master 2 professionnel de Médiation dans les organisations, créé par le département de philosophie. « Mon expérience auprès des jeunes m’avait permis de toucher un peu du doigt certaines réalités de la médiation, et cela avait beaucoup de sens de s’appuyer sur ce vécu pour aborder ce cursus. Au départ, j’étais un peu impressionné par la pluridisciplinarité du Master, mais très vite j’ai mesuré la continuité qu’il donnait entre ma formation initiale et la perspective professionnalisante qui m’intéressait. » Il ne tardera pas d’ailleurs à mettre un pied dans le monde du travail : « Pour mon stage de fin d’année, j’ai intégré le Centre d’études de recherche de l’école militaire (CEREM) à Paris pour m’intéresser à la médiation internationale. » A l’issue de ce stage, il sera recruté comme chargé d’études sur cette même thématique, puis sur les crises en lien avec la dissémination nucléaire. « Ça a été une période passionnante, j’étais vraiment en prise avec l’actualité. » Des restrictions drastiques de budget mettront fin à son contrat. Il continue cependant à intervenir sur ces thèmes dans des colloques nationaux et internationaux, en France comme à l’étranger, et à écrire des articles sur ces thèmes, qui font aussi l’objet des enseignements qu’il propose depuis plusieurs années dans ce même Master 2 médiation de Poitiers.

 

Ce parcours va inspirer sa recherche doctorale ; elle porte sur le « kairos », mot grec qui désigne l’instant opportun pour agir, et dont il entreprend de mesurer l’apport dans la stratégie, la philosophie politique et la philosophie de l’éducation : Comment réinvestir l’espace public la délibération qui va peut-être amener l’occasion collective ? Comment trouver, dans un parcours professionnel aux données complexes, le fil qui permet de découvrir une ou des opportunités dans des transitions parfois douloureuses ?

C’est avec ce questionnement stratégique, politique, éducatif et en somme humaniste qu’il va enseigner en M1 et M2 professionnels Sciences de l’éducation et de la formation à l’université de Tours, « Une expérience humaine extraordinaire qui s’inscrit pour moi dans un même élan et une merveilleuse continuité, et qui a finalement commencé avec les méthode d’Education nouvelle en classe de philo de terminale… ».

 

Tenter, découvrir et s’accrocher

Emmanuel Nal est aujourd’hui Docteur en philosophie après avoir soutenu une thèse intitulée "Kairos, l’irruption du sens au cœur de la complexité humaine : le joueur, le médiateur, le stratège." Celle-ci vient dernièrement d’être distinguée par le prix scientifique de l’Ihedn, organisme public dépendant du Premier Ministre.

En tant que docteur, il occupe également un poste d’Ater à l’Université François-Rabelais de Tours.

Si son parcours peut inspirer des étudiants, ce qu’il aimerait transmettre comme message « est qu’il ne faut pas s’autolimiter et se fermer des portes, surtout quand on plusieurs choses nous intéressent. Certes, le contexte actuel invite peu à prendre des risques ; certes, on ne peut pas tout faire et il est important de se montrer réaliste. Mais le sens prend forme aussi au fur et à mesure que l’on avance, et dans une société qui demande d’être flexible, où il sera de moins en moins fréquent d’avoir le même métier toute sa vie, je crois qu’il est précieux de pouvoir se découvrir et cultiver plusieurs compétences. »


Philippe Quintard

Publié par Adeline Nourisson

Dernière mise à jour le 18 juin 2014


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